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My Little Story

Mon premier jour dans une agence de pub…

 

1971

Un jeudi de l’an 1970, mon père m’emmena avec lui passer la journée dans son agence de publicité parisienne. J’avais alors 4 ans, mais je me souviens avoir été très marquée par ce que je voyais : des planches sur tréteaux plus hautes que moi, d’énormes pots alignés remplis de fusains, pinceaux, feutres ; des règles de toutes formes, des piles de lettrages adhésifs, sans oublier les petits flacons d’encre Pébéo ! Tout ce qu’un studio de création pouvait réunir comme outils bien avant l’ère des ordinateurs.

Afin que je puisse atteindre l’un des plans de travail inclinés et dessiner sagement, un tabouret fut monté au maximum et rehaussé de deux annuaires. J’étais fascinée par le silence qui faisait ressortir les petits bruits ambiants émanant de son équipe en plein travail : froissement de feuilles de papier, grattage et autres bruits de gomme, cutter, règle, taille-crayon, frottement du crayon de couleur.

Mais ce qui m’intriguait le plus était ce drôle de cri que se renvoyaient les uns les autres en riant : « Aida, aida ! » (les professionnels comprendront). Comme un cri de guerre. D’autant plus étrange que je ne l’avais jamais entendu ailleurs – et qui n’avait rien à voir avec l’opéra de Verdi que je découvrirai plus tard.
J’entendis aussi pour la première fois une expression en anglais, « pushpin », du nom du studio de graphisme de Milton Glaser et Seymour Chwast, la référence de l’époque (et toujours d’actualité !).

Je sentais que je passais un moment bien plus magique que sur le (pourtant sympathique) manège du square des Batignolles, tout proche. J’avais l’impression d’être dans un vortex alors que je me trouvais simplement dans un lieu où couvait une équipe de créa à l’œuvre… Tout se faisait à la main à l’époque (la PAO n’avait pas encore montré le bout de son clavier), avec des maquettes sur mesure (ah ! les fameux Letraset) qui demandaient de la précision : on prenait le temps et on y mettait son cœur, pourtant les délais étaient déjà souvent très courts.

Ce jour-là, mon regard et mon ressenti jouèrent parfaitement leur rôle d’éponge. Le goût pour les mots, les couleurs, les paragraphes, les slogans et la typographie m’avait attrapée pour toujours. Plus tard, j’écrirai, c’est certain. Ayant appris à lire bien avant le CP, je me mis à parcourir tout ce qui me tombait sous la main ; par chance, nous étions culturellement bien dotés à la maison. Il m’arrivera plus tard de reconnaître dans le métro la « patte » paternelle sur des affiches 4 x 3 !

La curiosité pour l’information s’affirma petit à petit, prenant de l’ampleur au fil de mon adolescence, passée au bord de la mer plus qu’à Paris. Disons-le franchement, je m’ennuyais ferme à l’école. Heureusement, parallèlement, je m’évadais au travers de médias comme la radio et les différents magazines français ou anglais auxquels j’étais abonnée.

Ma rédaction prit, dès l’âge de 7 ans, la forme de poésie, agrémentée parfois d’un dessin grâce aux immenses boîtes de feutres que le Père Noël apportait régulièrement. J’étais partie pour rêver, pour être poète. Mais on me fit comprendre (l’école, pas ma famille) que ce n’était pas un « métier » et qu’on n’en vivait pas. Mince. Tant pis, j’allais donc trouver une occupation plus alimentaire, mon cher Watson.

2011

L’imprégnation est le mot qui convient pour qualifier la naissance de ma passion pour le mot juste. J’avais envie de communiquer, de faire des jeux de mots, d’écrire de manière à la fois esthétique et utile. C’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers la communication, en démarrant par le journalisme. C’est encore plus logiquement que je suis revenue à mon premier amour : la conception-rédaction.
De ce point de vue, je peux dire que mon papa m’a transmis au moins 50 % de mes connaissances et savoir-faire actuels.

Je me souviendrai toute ma vie de ce premier jour au pays du rêve…

       Anne

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